Découverte d’un village au coeur du Saloum De notre ami Yves

Au cœur du Saloum, parmi les contrées reculées des îles du Gandoul, Tialane, petit village de pêcheurs, regorge de mystères. Cette petite île à deux heures de
Ndangane, accessible uniquement par voie d’eau, abonde de lieux sacrés et de sites réputés pour leur valeur mystique.


Le village lui-même serait un lieu sacré, comme l’indique le mot socé « diallang » pris pour désigner les lieux aux origines de sa création.

La déformation du terme aurait donné son nom à ce hameau reclus au milieu des eaux, baignant encore aujourd’hui dans un mysticisme très fort, fait de récits et de traditions ancestrales qui
viennent donner à l’Islam sa couleur locale.

Tialane premier site de peuplement des îles du Gandoul, se situe au cœur du Gandoul, dans la partie septentrionale des îles du Saloum.

Les premiers habitants de ces îles seraient venus du royaume du Gabou.
Contemporains des Gellewards du Sine qui fut fondé au XVe siècle, ces populations auraient franchi le fleuve Saloum pour créer le village de Falia désigné comme le plus ancien par Paul
Pélissier, l’auteur du livre « les paysans du Sénégal ».

D’autres vagues migratoires ont par la suite permis l’édification des villages de Tialane au nord, Djinack et Betenti au sud. Le premier habitant du village, Sambou Ndam Bop, aurait fondé
Tialane vers les années 1500.


Il ressort des écrits de Paul Pélissier, qu’une histoire très riche a ensuite marqué l’évolution de ce village. Ainsi vers la fin du XIXe siècle, des disciples de Maba Diakhou Bâ auraient tenté
d’islamiser ces contrées et de soumettre les Sérères animistes qui peuplaient l’ensemble du Gandoul.

Tous les villages auraient abandonné leurs habitations pour s’enfoncer plus encore dans les mangroves, à l’exception de trois, qui auraient formé une coalition pour assurer la résistance :
Tialane, Moundé et Falia. Grâce à l’appui des génies qui peuplent l’île de Tialane et aux abeilles qui sont l’emblème de Falia, et après de terribles et sanglantes batailles, les musulmans
auraient été repoussés.

Le chef de village précise même que des vestiges de cette guerre subsistent encore au lieu dit « Balloung » avec des fusils et les balafonds abandonnés par les vaincus dans leur fuite. Ce ne
serait finalement que plus tard, et au gré des populations elles-mêmes, que l’Islam serait devenue la religion des peuples de Tialane, Mundé et Falia.

La version de certains villageois divergent parfois sur ce point, et Kéba Thior, habitant de Tialane, raconte volontiers l’histoire de Biram Diara, héros chrétien qui défendait sa foi et celle
des habitants du village contre les Mandingues, jusqu’à les repousser dans le Gabou.



Mais les assaillants revinrent plus nombreux encore, pour soumettre et convertir enfin les foules récalcitrantes au culte d’Allah.

A cet Islam dont les rites animent aujourd’hui la vie des villageois et font résonner la mosquée, s’ajoutent toute une kyrielle de croyances particulières et de sites sacrés, souvent autour
d’arbres.

 
En plus du margouillat sacré de Tialane, connu pour retrouver et punir les voleurs, une foule de génies viennent donc dicter leurs mythes et formuler leurs interdits.

Dès l’entrée du village, parmi la multitude d’arbres qui se trouvent sur les berges du bolong, il est un arbre à ne pas toucher, ni approcher.


C’est le domaine de Tioura, le génie des lieux.

Connu pour son intransigeance, il n’aime pas être dérangé. Les villageois eux-mêmes ne sont pas épargnés : il y a quelques années des enfants du village qui se seraient aventurés sous ses
frondaisons sont morts dans la journée qui a suivi.
Motif : ils auraient troublé la tranquillité du maître des lieux, en y jouant trop bruyamment.


De même, les villageois se souviendront encore longtemps de cet habitant de Bassar, l’île voisine, qui aurait satisfait ses besoins sous l’arbre.

Malgré les sacrifices qui ont été faits l’homme a été retrouvé avec la nuque brisée.

Un autre lieu « habité » est le site des deux baobabs jumeaux de Ndianda. Un villageois rapporte : « c’est là que les anciens du village vont prononcer leurs incantations quand la pluie manque et
que la terre a soif ».

Mais aussi, derrière le village, Kanguel allonge ses branches et son ancienneté lui vaut un caractère sacré.


Tous ces lieux mystiques sont invoqués par les villageois lors des sécheresses ou en cas de problèmes majeurs. Mais si tous les génies de Tialane sont respectés par les habitants, il en est un
dont l’histoire enchante.

C’est celle de Jiamondiaye, l’arbre voyageur ce grand arbre dont l’ombre accueille souvent nombre de vieux avides de palabres.

Il aurait quitté son village et sa terre natale du village de Fadiouth, pour suivre une jeune fille venue vivre à Tialane pour guérir une plaie mystérieuse.

Dans l’impossibilité de soigner sa blessure ailleurs qu’à Tialane, elle aurait décidé d’y rester, et d’épouser un homme du village.

Le grand arbre appartenait à la famille de la jeune fille, et sûrement triste de son départ, il décida de s’extirper de la terre de Fadiouth pour l’accompagner dans sa nouvelle demeure. Et
Jiamondiaye trouva une place au cœur de Tialane, là où il est encore.

 
Une histoire poétique, qui ressemble à un conte pour dire toute la saveur de ce village perdu entre deux eaux, calme et enclavé.
 
Mais pas un village sans histoire. Car Tialane sait marier le visible et l’invisible pour faire naître une atmosphère toute particulière et conférer aux lieux une
identité forte.


Rhino de la réserve de
Bandia juste pour le plaisirs

Je remercie très très chaleureusement mon ami Yves le Belge, pour ces images, ses récits et découverte qu’il me permet de publier pour le plaisirs de tous
que vous retouvez ici : http://www.salysenegal.net/ 

pour les infos touristique et autres sur le Sénégal

ainsi qu’ici : http://yveslebelge.skynetblogs.be/ pour l’actualité et bien d’autre chose encore (entre autres une mine inépuisable de
photos!)

Bonne soirée à tous.

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6 réflexions sur “Découverte d’un village au coeur du Saloum De notre ami Yves

  1. Merci Renée pour ce récit, c’est toujours agréable de savoir comment et qui a vécut dans notre monde. Moi aussi j’ai une toute petite histoire, j’habite un petit village proche du lieu ou mon mari
    est né et aussi celui ou j’ai habité pendant 18 ans, pendant la construction de la maison de mes parents nous devions passer devant une immense maison et il se trouve que la maison de mes parents
    se trouvait derrière cette immense résidence, du moins le terrain ! ce petit village c’est Verson et la résidence c’est celle de M.Léopold Sédar Senghor. D’accord c’est pas une très
    grande histoire mais je tenais quand même à te la raconter. Bisous Nadège. 

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